[𝐓𝐄𝐗𝐓𝐄 𝐈𝐍𝐄́𝐃𝐈𝐓] 𝐅𝐑𝐀𝐆𝐌𝐄𝐍𝐓 𝟕𝟏
- première publication . Tonvoisinov.
La première fois, il était jeune, naïf peut-être. Il avait cru à l'amour, à la protection, au soutien. Il n'avait pas vu que derrière chaque geste supposé bienveillant se cachait un calcul, une manipulation. Quand les autres lui disaient "Tu as de la chance d'avoir quelqu'un qui s'occupe si bien de toi", il les croyait. Il ne voyait pas que cette sollicitude apparente était en réalité une prison dorée.
La seconde fois, il n'avait plus d'excuses. Il aurait dû reconnaître les signaux, cette alternance savamment orchestrée entre destruction privée et compassion publique. Le prédateur qui vous enfonce la tête sous l'eau tout en criant au secours pour vous sauver de la noyade.
Ces créatures avaient érigé la duplicité en art de vivre. Elles excellaient dans l'art de retourner les situations, de faire passer leurs victimes pour des ingrats, des malades, des cas désespérés qu'elles tentaient héroïquement de sauver. "J'ai tout essayé", "J'ai fait de mon mieux", "Malgré tous mes efforts" - leurs refrains favoris devant le public.
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Le plus écœurant, c'était de réaliser que tout l'entourage était dupe de cette mascarade. Que pendant qu'il se noyait dans leur venin, ces ordures récoltaient les louanges pour leur prétendue générosité. Qu'on le plaignait, lui, d'être si difficile à aider, si récalcitrant à accepter tant de bonté.
Maintenant qu'il comprenait le mécanisme, il mesurait l'ampleur de la perversité. Ces prédateurs ne se contentaient pas de détruire : ils transformaient cette destruction en spectacle édifiant, en démonstration de leur propre grandeur d'âme.
Mais il était encore là. Abîmé, cassé, mais encore là. Et peut-être que voir enfin ces créatures pour ce qu'elles étaient vraiment, c'était déjà le début de sa libération.
Tonvoisinov, 10 aout 2025
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